ARC Raiders : un dev admet une équipe "super fatiguée

ARC Raiders : un dev admet une équipe "super fatiguée

Le succès, c'est censé être la partie facile. On attire les joueurs, on garde les serveurs en ligne et on distille du nouveau contenu à un rythme régulier. Chez Embark Studios, pourtant, la popularité d'ARC Raiders semble avoir créé autant de problèmes qu'elle en a résolu, et celui qui tient la barre le dit désormais publiquement.

Dans une interview récente, le producteur exécutif Aleksander Grøndal s'est montré d'une franchise inhabituelle sur l'état de son équipe. Elle est, selon ses propres mots, "super fatiguée".

Trop vite, et pas assez fun

L'aveu principal est simple. Embark sort du contenu aussi vite que possible, et ça ne suffit toujours pas. Mais Grøndal va plus loin. Il laisse entendre qu'une partie de ce que le studio a publié n'était peut-être pas si captivante que ça, à la base.

"On sort du contenu aussi vite qu'on peut, mais ce n'est pas assez, et peut-être que ce n'était pas forcément assez intéressant non plus", explique-t-il.

C'est une déclaration frappante de la part d'un responsable de jeu-service. La plupart des studios défendent chaque mise à jour jusqu'au bout. Grøndal, lui, décrit une équipe qui n'a cessé d'aller au-delà de ce qu'elle pouvait raisonnablement tenir, trop focalisée sur le respect des dates de sortie. Selon lui, le résultat était prévisible : des employés mécontents, un calendrier de mises à jour irrégulier et une communauté qui l'a remarqué et s'en est plainte.

Il ne renie pas pour autant tout le travail récent. Grøndal se dit fier de ce que l'équipe a accompli au cours des quatre premiers mois de l'année. Mais il ajoute que le studio doit être honnête sur le prix de cet effort.

Retour à ce qui marchait

Alors, quelle solution ? D'après Grøndal, l'équipe a fini par s'arrêter pour se demander pourquoi elle fonctionnait ainsi. La réponse à laquelle elle est arrivée : Embark travaillait mieux avant le lancement, quand la pression d'un cycle de sorties permanent ne dictait pas tout.

"Tout indiquait qu'on faisait mieux les choses avant la sortie, donc on doit jouer sur nos points forts", affirme-t-il, ajoutant que l'objectif est une production "meilleure, plus intéressante et de meilleure qualité sur tous les plans".

En clair, Embark semble troquer la vitesse brute contre la qualité. Cela pourrait signifier moins de mises à jour. Mais aussi des mises à jour qui font vraiment mouche.

Le burn-out, le vrai sujet

Derrière tout ça se cache un problème plus large : l'épuisement professionnel des développeurs. Grøndal raconte l'avoir lui-même vécu lorsqu'il travaillait chez Electronic Arts, et en faire une priorité chez Embark.

"C'est très important pour nous de créer un cadre qui nous permette d'être créatifs tout en ayant un bon équilibre entre vie pro et vie perso", déclare-t-il. Son raisonnement est autant pragmatique que personnel : les personnes menacées par le burn-out sont celles-là mêmes qui ont créé ARC Raiders. Les perdre, c'est perdre ce qui a fait le succès du jeu.

La guerre contre les tricheurs continue

Par ailleurs, Grøndal a également publié un long message sur Twitter au sujet de la triche dans le shooter. Il assure que la détection anti-triche se renforce "mois après mois" et confirme que tout joueur pris en train de tricher sera banni définitivement, sans exception.

Le studio travaille aussi sur de nouvelles options de bannissement matériel visant les récidivistes, ces joueurs qui se contentent de créer un nouveau compte pour continuer. En plus de cela, Grøndal aborde les abus du matchmaking et affirme que des progrès sont faits contre le "queue teaming". Le principe : des joueurs se coordonnent en dehors du jeu pour entrer ensemble dans des parties solo et s'en prendre à ceux qui jouent vraiment seuls. C'est exactement le genre de pratique qui gâche vite le jeu pour les joueurs solo, donc c'est une bonne chose de la voir nommée clairement.

Notre avis

Il y a beaucoup à apprécier dans une telle honnêteté. Les studios admettent rarement que leur contenu n'était pas assez intéressant, et encore moins que le rythme de production faisait souffrir leurs propres équipes. On a vu une franchise similaire ailleurs récemment, avec les développeurs d'Elder Scrolls Online qui ont parlé ouvertement d'une période difficile, et cela laisse penser que l'industrie est peu à peu plus à l'aise pour évoquer le coût humain du jeu-service.

Pour les joueurs, le compromis est assez clair. Un rythme plus lent pourrait mettre leur patience à l'épreuve à court terme, surtout dans un genre où une période calme peut vite passer pour un déclin - et les jeux-service ne survivent pas toujours à ces passages à vide, comme le montre la fermeture de Synduality: Echo of Ada. Il faudra voir si les prochaines mises à jour d'Embark paraissent vraiment plus consistantes, et si la communauté accorde au studio la marge de manœuvre qu'il demande. Les promesses sur l'anti-triche méritent la même vigilance : bans définitifs et bannissements matériels, ça sonne ferme, mais le vrai test sera de savoir si les parties solo paraissent plus équitables dans les mois à venir.